Suzanne
C'était un temps de moineaux d'altitude. Les guitares jouaient 'Suzanne' et je chantais, du foin dans les cheveux. Du bout des doigts, l'évasion écrivait ses premières audaces. Des étoiles filantes aux sapins odorants, le décompte s'évadait des contraintes implacables. La menthe des torrents dévalait les estives. Une odeur d'herbe fraîche ouvrait d'insouciantes parenthèses. Sur le bord des fenêtres, des bougies allumaient les nuits. Les jours balbutiait une jeunesse libre en ces derniers encens. C'était un temps de douce marge, un marque-page sur le Grand Livre. Tic-tac, tic-tac, l'horloge a tourné sur la petite montagne. Les oiseaux sont partis. 'Suzanne' c'est tue. Parfois je pense aux rires juvéniles, aux musiques folks, aux repas collectifs, aux gestes simples qui célébraient la vie.
Ile Eniger Les mains frêles. Chemins de Plume
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