Devant l'écran

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Devant l'écran
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Certains vivants sont morts sans même le savoir.
Ils bougent par habitude et mangent par dépit.
Tant de rien les habille qu’ils ne se trouvent plus.
Tant d’ombre les habite qu’elle chasse la lumière
du moment qu’elle s’allume.

Ils ont perdu le sens dans le dehors des mots.
Rivés devant l’écran ils mâchent leur ennui
et vont de rien à rien entre les pauses commerciales
toujours à la même heure.

Ils ont enfermé l’âme dans une grille-horaire
sans laisser de place pour le rêve.
Ils ajoutent des zéros aux chiffres du néant.
Ils croient multiplier mais s’effacent d’ennui
en zappant le hasard.

Ils n’habitent pas leurs corps mais habillent leur vide.
Ils cachent leur douleur sous la couleur du jour
et ne savent déjà plus ce que parler veut dire.

Ils ne sentent plus sous le déodorant des choses
le gémissement des fleurs.

Ils ne savent plus déjà que tout le bleu du ciel
peut tenir dans un œil

et que l’oreille contient toute la musique du monde.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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