Walden

Publié le

Photographie en noir et blanc de la « baie de Thoreau » (« Thoreau's Cove » en anglais), lieu où l'auteur de Walden édifia sa maisonnette.• Crédits : Detroit Publishing Co

Photographie en noir et blanc de la « baie de Thoreau » (« Thoreau's Cove » en anglais), lieu où l'auteur de Walden édifia sa maisonnette.• Crédits : Detroit Publishing Co

Publicité

Quand j’ai écrit les pages suivantes, ou la plupart d’entre elles, je vivais seul au milieu des bois, à un mile de mon voisin le plus proche, dans une maison que j’avais construite moi-même, sur la berge du lac Walden, à Concord, Massachusetts, et je gagnais ma vie grâce au seul travail de mes mains. J’ai habité là deux ans et deux mois. A présent, je séjourne de nouveau dans la civilisation.

Je n’aurais pas la présomption de réclamer autant l’attention de mes lecteurs si mes concitoyens ne m’avaient posé des questions très précises sur mon mode de vie, que certains taxeraient d’absurdité, bien que je n’y voie aucune impertinence, mais, compte tenu des circonstances, des questions tout à fait naturelles et pertinente. Quelques-uns m’ont demandé ce que je mangeais ; si je ne me sentais pas seul ; si je n’avais pas peur ; et ainsi de suite. D’autres ont été curieux d’apprendre quelle part de mes revenus je consacrais à des œuvres charitables ; d’autres encore, nantis d’une nombreuse famille, combien d’enfants pauvres j’entretenais. Je demanderai donc à ceux de mes lecteurs qui ne s’intéressent guère à moi de me pardonner si dans ce livre j’entreprends de répondre à certaines de ces questions. Dans la plupart des livres, le Je, ou la première personne, est omis ; dans celui-ci, il sera conservé ; cela, sur le plan de l’égotisme, est la principale différence. Nous oublions souvent qu’après tout, c’est toujours la première personne qui s’exprime. […] Mieux, j’exige, moi, personnellement, de chaque écrivain, grand ou petit, un récit simple et sincère de sa propre vie, et pas simplement ce qu’il a entendu dire de la vie des autres ; le genre de compte rendu qu’il pourrait envoyer d’une terre lointaine à sa famille ; car s’il a vécu avec sincérité, il l’a forcément fait selon moi dans une terre lointaine. »

Henry David Thoreau,

Walden ou la vie dans les bois, 1854, trad. Brice Matthieussent, ( Le mot et le reste, 2010)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article