1963
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1963…
Pas besoin d’un vaisseau spatial et encore moins d’une machine à remonter le temps pour revivre candidement une partie de sa vie… suffit parfois de revenir sur les terres de son enfance pour que tous ces souvenirs enfouis profondément dans les recoins de sa mémoire ne viennent nous surprendre à nouveau…
Hier j’ai revu ce petit bout de trottoir où, jadis, j’avais inscrit, avec un petit bout de branche, l’année ‘1963’, j’ai revu aussi les empreintes de mes petites mains que j’avais incrustées tout en bas dans le ciment encore frais. Comme pour mieux mesurer le temps écoulé, j’ai replacé mes mains dans ces empreintes désormais bien trop petites… j’ai souri bêtement à ce petit cas de délinquance que j’avais eu et qui disait à tous: ‘voilà j’étais’ comme si je devais absolument laisser une trace ineffaçable sur mon passé…
Hier j’ai revu la petite cours du voisin où, années après années, nous érigions une petite patinoire… Aussitôt les classes terminées et, bien avant de faire nos leçons et devoirs, nous nous réunissions entre amis pour y disputer nos parties de hockey et, parfois même, la coupe Stanley… Tout bêtement j’ai souri en revivant ces moments mémorables; j’ai souri encore plus en écoutant cette voix intérieure et sortie de nulle part qui disait: ‘le but du Canadien compté sans aide par Alain Wilson’… les oreilles gelées sous la tuque bleu blanc rouge du Canadien, moi, j’y croyais tellement…
Hier j’ai revu le petit cap de mon enfance… ce petit monticule qui, dans nos yeux d’enfant, nous paraissait bien plus haut que l’Éverest… bien assis sur les roches, on regardait, témoins d’une tranche de vie, on regardait les autos, les gens défiler tout en bas, dans une procession presqu’ininterrompue … en se disant que bientôt ce serait notre tour de rouler en Mercédes, en se disant aussi que bientôt ce serait notre tour de faire nos preuves et d’aller vivre enfin notre vie d’adulte…
Hier j’ai revu ce petit ruisseau, cette petite source d’eau où l’on s’abreuvait goulument après nos jeux de balles, nos jeux de ballons… J’ai placé mes mains comme pour faire un creuset et j’ai plongé mes mains dans cette eau limpide et claire… Comme un miroir, j’ai revu le reflet du visage de ce petit garçon de 11 ans qui, innocemment, s’abreuvait à cette petite source de vie… à cette petite fontaine de jouvence comme si, malgré toutes ces années écoulées, l’adulte en moi refusait encore de vieillir…
Hier encore j’ai revu ce petit coin de rue où les camions de la voirie entassaient la neige tombée… J’ai revu ces immenses châteaux de neige que nous, architectes en devenir, érigions avec la précision de nos coups de pelles et à la sueur de nos petits bras… Une fois ainsi érigés, les amis et moi avions alors des endroits intéressants pour se réfugier lors des grands froids, pour s’amuser, pour jouer à la guerre et profiter ainsi de l’hiver que nous voulions alors… interminable…
Hier encore j’ai cherché au fond d’un vieux tiroir ces quelques photos un peu jaunies… À ce petit garçon de 11 ans que j’étais et qui me regarde en souriant, j’aimerais simplement lui dire ceci… que même si je n’ai jamais escaladé l’Éverest, que même si je n’ai jamais conduit de Mercédes, que même si je ne suis jamais devenu un joueur de hockey ni même devenu un architecte en bâtiment… je voulais lui dire simplement que ma vie a toujours été belle car je n’ai jamais cessé de croire en mes rêves, que je n’ai jamais cessé de croire en moi…
Alain Wilson
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