Russe
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RUSSE de Pierre Bergounioux.
Un tout petit livre (30 pages), mais la prose incisive et parfaitement ajustée, éclairante, de l'auteur – et un grand sujet, la Russie.
À l'origine, un texte accompagnant une exposition de photos ("Eclairage") de l'artiste "performeur" russe Piotr Pavlenski.
Bergounioux en profite pour évoquer quelques figures majeures des rapports peu ordinaires qu'ont entretenus dans l'histoire la Russie et la France : le séjour de Pierre le Grand à la cour de Louis XIV et le portrait que fait de lui Saint-Simon, le "petit duc au style bouillant et dur"; Lénine à Paris (en 1912, rue Marie-Rose), passant le plus clair de son temps à lire Hegel à la BnF.
Vient ensuite, inévitablement, cette question : "Saura-t-on jamais de quoi est mort le socialisme réel?" Réponse possible : L'égalité du partage a guidé le législateur soviétique mais la faiblesse de l'appareil productif est telle qu'il n'y a rien ou presque à partager".
Quant à la situation d'aujourd'hui, c'est le capitalisme le plus brutal, le plus prédateur, qui règne en Russie avec Poutine et son clan d'oligarques. "Quant au procédés gouvernementaux, ils demeurent ceux de jadis, de toujours, du tsarisme, du stalinisme, arrestations et détentions arbitraires, assassinats de journalistes, d'opposants, à l'intérieur, à l'extérieur, guerres à outrance contre les anciennes républiques de l'Union".
Napoléon disait du peuple russe que s'il était "brave, endurci, dévoué", il était aussi "passif". Tout est-il pour autant perdu, après que "l'immense espoir né en 1917 a quitté l'horizon" ? Non, s'il est vrai que "l'aspiration millénaire à la justice, à l'égalité, à la liberté, si elle a disparu de la surface du sol, n'en continue pas moins de cheminer sous terre ("Bien creusé, vieille taupe !").
Mais comprendre la réalité russe, sa singularité, c'est nécessairement se pencher sur sa très riche littérature : "rien n'éclaire l'histoire d'un peuple comme sa littérature, lorsqu'il en a une". Et s'il y a "un trait qui distingue les écrivains russes de leurs homologues occidentaux, c'est le péril qu'ils encourent à simplement dire ce qui est". Et en ce point l'artiste Piotr Pavlenski rejoint une tradition abondamment marquée de tragédie : "Un artiste russe, parce que russe et non pas français, doit payer d'exemple, de sa personne".
Jean-Claude Pinson
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