Tsunami

Publié le

Tsunami
Publicité
i.m. Tristan Cabral, poète trop humain
J'ai vu le printemps fleurir en novembre
sur des prairie d'asphaltes ouvertes à l'infini
où défilaient tambours battants
et chants de révoltes séculaires
les compagnies fraternelles des Gilets Jaunes
j'ai marché avec eux par tous les temps
dans les rues de Paris, de La Rochelle, de Nice
la liberté de vivre et d'aimer transcendait
les terrifiantes mesquineries des bourgeoisies ignobles
des assassins sans âme qui pillent le ventre des mères
Je me souviens du café brûlant ou du verre de rhum
partagé devant des baraquements de palettes
sur les ronds-points du rêve où se réinventait la vie
Je me souviens du poète Tristan Cabral dévasté par la maladie
qui dans un hôpital sordide sur les hauteurs de Montpellier
se promenait cahin-caha avec son Gilet Jaune sur le dos dans les couloirs gris
il s'adressait en passant aux condamnés à mort:
“Salut mes camarades” lançait-il à la ronde de sa voix occitane
Le personnel soignant chérissait ce petit homme si triste qui avait toujours le mot pour rire
et il disait “prenons d'assaut les citadelles détruisons la tyrannie, le pouvoir au peuple
“Tant qu'il fera dieu les hommes pleureront”
J'ai vu l'hiver lugubre avec ses sombres régiments répressifs
foncer sur des foules bienveillantes et frapper, frapper... Cogner encore...
J'ai vu des visages défoncés et le sang éclabousser l'asphalte
J'ai vu des fleurs sauvages qui criaient dans les regards d'un peuple dévasté
j'ai connu la haine, la vengeance et les rancoeurs des nantis de ce monde
Alors j'ai prophétisé la Palestine et Gaza en Europe … La démocratie décapitée
Depuis je cultive une haine lucide belle et terrible comme les fleurs du sang
que j'ai vu éclore dans la fumée toxique des gaz lacrymogènes
Une haine pétrie d'amour, pour prendre la défense des déshérités et des victimes sans défenses
ces moins que rien sans voix que le silence de nos compatriotes “éclairés” réduisaient en cendre
une haine immense comme un tsunami qui emporte tout sur son passage.
Je sais désormais que la vérité a un goût de terre, un goût de moisson.
 
André Chenet,
In “La Légende de Tristan Cabral” - Livre en cours d'écriture
Tsunami
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article