Lorsque

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Lorsque
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Lorsque tu mourras mon frère, ma sœur, mon père, ma mère, mon épouse, mon épousé, mon fils, ma fille, l’étranger, l’étrangère, étonnamment proches, cruellement distants, lorsque tu mourras donc il faudra aller boire aux fontaines dans lesquelles tu t’es baigné, aux barriques où tu t’es saoulé ; il faudra prendre les chemins et les routes que tu as parcourus, comme toi pieds nus ou chaussé d'inconfort, comme toi botté de contes ou chaussé de vair ; il faudra naviguer, voler, traverser les déserts, à tire-d’aile pour trouver l’oasis que tu cherchais en vain, l’oasis dont tu avais gommé la croix sur ton plan du lendemain et où les tiens t’attendaient pourtant, et peut-être t’attendent toujours ; il faudra apprendre ta langue, renoncer à la comprendre tout à fait, aimer la parler en souvenir de toi et tout aussitôt craindre de l’écrire car les mots emprisonnent ce que la parole libère ; il faudra cuisiner pour tes amis une belle recette maternelle, souffrir ou rire de ce souvenir de tes premières fois et des dernières aussi, te languir et t'espérer encore, comme une folie douce, farandoler autour de tes feux de joie, sauter à travers leurs flammes mortes et pourtant brûlantes pour renaître les cheveux roussis mais la langue et le cœur chauds ; il faudra tenter d’être un frère, une sœur, un mari, un père, une mère, un fils, une fille, un étranger étonnamment proche, une étrangère cruellement distante et belle ; il faudra vivre.

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